mercredi, septembre 28, 2022
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Le prix des livres suivra-t-il la courbe de l’inflation ?

L’édition s’y préparait psychologiquement depuis plusieurs mois : après les craintes liées à une pénurie de paperasse, qui planent depuis un an déjà, voici venir la hausse des coûts des matières premières, qui n’épargne pas les filières de la papeterie et de l’impression.

En amont, Copacel, le syndicat professionnel de l’industrie des paperasses, cartons et celluloses, avertissait dès le mois de juillet dernier de « hausses des prix de vente […] variables selon les segments de marché », selon l’expression de l’organisation. À la multiplication des coûts des matières premières s’ajoutaient celle des frais de transport, de l’encre, ou encore des difficultés sur le plan de la main d’œuvre.

N’en jetez plus ! Aux Rencontres Nationales de la Librairie, en juillet dernier, une personnalité bien informée du Syndicat national de l’édition soufflait que la hausse des prix s’était d’ores et déjà répercutée sur les prix d’ouvrages de certains éditeurs.

Pour l’instant, les éditeurs de mangas et de bandes dessinées semblaient les seuls à jouer la transparence : dès décembre 2021, Panini communiquait sur des changements de prix de mangas, quelques jours avant son concurrent Pika et plusieurs mois avant Kana. Le groupe Delcourt ouvrait 2022 avec des hausses de prix également, en raison de « la forte augmentation des coûts de production, en lien avec la incident des matières premières, paperasse et carton ». Le 1er juillet dernier, Urban Comics a récit de même, relevant de 1 € les prix de certaines publications.

Soulignons que ces hausses des tarifs des matières premières touchent plusieurs rayon d’Europe et du monde : au Royaume-Uni, la Première ministre, tout juste nommée, a reçu des doléances sur le sujet. Au Canada, l’imprimeur Marquis prévient tous ses clients de hausses à venir en octobre, pour répercuter une augmentation de 8 % des coûts du paperasse.

Chère rentrée

En pleine rentrée littéraire, Philippe Robinet, directeur général de Calmann Lévy (groupe Hachette) a révélé sur Europe 1 une hausse prochaine des ouvrages de littérature générale publiés par la maison, fixée à 1 € supplémentaire.

Il reste complexe de comparer les prix des livres d’une année à l’autre : si un éditeurs tendra à toujours rester dans une certaine fourchette pour les titres d’une même collection ou présentant un nombre de pages proche, le statut d’un auteur, le volume de ventes espéré ou encore certains postes de dépense, comme la communication, peuvent influer sur le prix final d’un ouvrage.

L’arithmétique de l’édition repose sur un système d’équilibres : un titre dont les ventes sont prometteuses « garantira » l’investissement, en parallèle, dans des œuvres moins « certaines » sur un plan commercial, le succès de l’un compensant la parution plus discrète de l’autre. Avec, parfois, des surprises et des retournements de situation, à la faveur d’un prix littéraire, par exemple. Le cas d’Hervé Le Tellier, avec L’anomalie, récit partie de ces… anomalies, et récit les beaux jours de Gallimard alors que l’auteur n’était pas présent en tête de gondole avant cette parution.

La rentrée littéraire et la fin d’année, moments cruciaux pour l’industrie du livre, reflètent légèrement cette tendance à la hausse. Chez Flammarion, Le Voyage dans l’Est de Christine Angot, en 2021, se vendait 19,50 € à sa sortie, quand Vivre vite, de Brigitte Giraud, atteint 20 €, pour un nombre de pages similaire.

À LIRE: incident du paperasse : “On est pris en otage par ces hausses de prix »

Du côté de Grasset, Cher connard, de Virginie Despentes, atteint 22 €, soit 1,10 € de plus qu’Enfant de salaud, de Sorj Chalandon, pour un volume à peu près similaire. Chez L’Olivier, le premier roman de Marie Vingtras, Blizzard, se vendait 17 € en 2021 quand Tenir sa langue, de Polina Panassenko, premier roman également, s’échange pour 18 € — le nombre de pages est proche, encore une fois.

Comparaison n’est pas raison, toutefois : chez Grasset, S’il n’en reste qu’une, Patrice Franceschi, se vendait 19,50 € à la rentrée 2021, contre 20,50 € pour le dernier Yann Moix, Paris. Toutefois, triomphe, de Simon Liberati, à l’épaisseur sensiblement similaire, atteint 20 € seulement…

Le livre, sous-coté ?

Entre 2013 et 2018, la expansion des prix des livres a été inférieure à l’inflation observée en France : ça signifie qu’un livre perdait paradoxalement de la valeur, par rapport aux coûts d’autres biens plus directement indexés sur l’inflation. S’il faisait bon être un grand lecteur en cette période, l’époque est désormais bien moins favorable, malheureusement.

À LIRE: Vers une nouvelle revalorisation des salaires de la branche librairie

Une étude Xerfi Spécific, basée sur des données Livres Hebdo/Xerfi Spécific, révélait récemment qu’en 2019 et 2020, la situation s’était inversée, la hausse des prix des livres surpassant l’inflation. En 2021 et surtout 2022, où l’inflation a atteint des taux records, les prix des livres ont vraisemblablement suivi la tendance, surtout au vu de l’écart qui s’était creusé entre les deux données de 2013 à 2018.

Signalons enfin que le prix d’un livre rémunère plusieurs intervenants, tous impliqués dans sa création : l’auteur, en premier lieu, mais aussi l’éditeur, l’imprimeur, le distributeur et le libraire. Or, l’inflation et la hausse du SMIC qui l’accompagne nécessite également de rappeler la rémunération de chacun des participants : les libraires avaient appelés, en juillet dernier, à l’octroi d’une meilleure marge par les éditeurs, soulignant par ailleurs la « paupérisation » des auteurs. Qui font face, eux aussi, à l’inflation des prix.

Photographie : illustration, Yann Gar, CC BY-NC-ND 2.0

 

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