jeudi, juin 30, 2022
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le premier abattoir mobile pour bovins de France a démarré son activité

Sur une dizaine de mètres, des barrières créent un couloir direct entre l’étable et la porte de l’abattoir. Pas de transport donc, grâce à l’abattoir mobile de l’équipe de Boeuf Ethique, qui s’est arrêté, mercredi 15 septembre, à Créancey (Côte-d’Or). Ce temps de transport en moins réduit considérablement le stress des bêtes mais aussi celui de l’éleveur Gilles Morel. « C’est rassurant dans le sens où on va jusqu’au bout des choses, affirme-t-il. C’est moi qui était derrière pour les faire monter donc j’ai vu comment cela se passait. Ça correspond à ce que je pensais donc bien quoi. »

Concrètement, le bovin passe la porte et se retrouve dans un piège qui le bloque. C’est là qu’intervient David Blondelle : un coup de matador pour étourdir l’animal, puis la saignée. Celui qui a travaillé pendant plusieurs années dans des abattoirs traditionnels, qui peuvent abattre parfois jusqu’à 500 animaux par jour, voit clairement la différence dans cette structure. « C’est complètement différent d’un abattage classique où toutes les trois-quatre minutes, il faut qu’il y ait une bête qui rentre ou qui sorte, indique-t-il. Là on a le temps de pouvoir faire les choses, d’avoir la bonne approche qu’il faut : une approche très calme, très sereine, très paisible. On leur parle pour les détendre, pour les rassurer. C’est beaucoup plus calme ici qu’en abattoir. »

L’abattoir mobile de l’entreprise Bœuf Ethique à Créancey (Côte-d’Or).  (CLEMENTINE VERGNAUD / RADIO FRANCE)

Ensuite, un autre opérateur retire les cuirs de la carcasse avant de la transférer sur une deuxième plateforme. « Et c’est là qu’il va y avoir la préparation à l’éviscération, explique l’éleveuse Emilie Jeannin, qui a imaginé le projet il y a cinq ans. Une fois que c’est éviscéré, la carcasse est fendue en deux avec la scie. »

Puis la carcasse est pesée et envoyée au frigo pour être refroidie en dessous de sept degrés avant de partir à la découpe et au conditionnement. Une logistique très lourde qui a amené l’entreprise Boeuf Ethique à penser un projet complet. « Cette logistique importante, le nombre de personnes qui doit travailler pour que le travail soit bien fait, a forcément un coût. C’est comme ça qu’on en est venus à réfléchir à avoir une filière entière où on achète les animaux vivants aux éleveurs, où on les abat et où on vend la viande nous-même », détaille Emilie Jeannin.

Supprimer les intermédiaires permet d’amortir ce coût supplémentaire et une meilleure rémunération de l’éleveur : 40 centimes de plus le kilo pour les bêtes de Gilles Morel par exemple, ce qui représente environ 160 euros supplémentaires pour chacune des trois bêtes abattues ce jour-là. Ces abattoirs mobiles pourraient représenter l’avenir du secteur face à l’effondrement du nombre des structures plus traditionnelles et industrielles. Il en existe aujourd’hui 265 en France contre 1 200 dans les années 1970. 

Le reportage de Clémentine Vergnaud

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