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« Les meutes reproductrices peuvent émettre des jeunes dans toute la France », explique un chercheur

« Les meutes de loups reproductrices, implantées dans les Alpes, dans l’est de la France et dans le Massif central, peuvent émettre des jeunes dans toute la France », a expliqué sur franceinfo jeudi 28 octobre Farid Benhammou, géographe, chercheur associé au laboratoire Ruralités à l’université de Poitiers, alors qu’un loup mort a été retrouvé en Loire-Atlantique, à la mi-octobre. « Quand le nombre de loups est trop important sur un territoire, les jeunes individus ont tendance à partir », selon le chercheur, qui estime entre 400 et 800 le nombre de loups en France.

franceinfo : Est-ce que ce loup à Saint-Brevin-les-Pins, ça vous étonne ?

Farid Benhammou : Non, ça ne m’étonne pas, car au printemps et cet été, il y avait déjà un loup qui avait été repéré à 120 km et il faut savoir qu’un loup a la capacité de faire entre 80 et 100 km en 24 heures. Pour le moment, on n’est pas sûr que ce soit le même loup, mais cela peut tout à fait être le même individu, comme cela pourrait en être un autre. Parce qu’il est possible que ce soit un individu que l’on dit « en dispersion ». Le loup est un animal qui est social, qui vit en groupe, en meute, de deux à cinq individus. Les meute constituées, en général, sont très territoriales, sur un territoire allant de 150 à 250 kilomètres carrés. Mais au bout d’un moment, comme le loup ne peut pas proliférer sur un territoire puisque sa densité dépend du nombre de proies sauvages, c’est-à-dire les cervidés, chevreuils, cerfs, sangliers. Comme les loups sont adaptés au nombre de proies possibles, quand le nombre de loups est trop important sur un territoire, les jeunes individus ont tendance à partir, et au lieu d’être sédentaires, ils peuvent parcourir plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de kilomètres. Les meutes reproductrices, implantées dans les Alpes, dans l’est de la France et dans le Massif central, peuvent émettre des jeunes dans toute la France. À l’été 2020, il y a un loup qui a fait des siennes en Normandie, en Seine-Maritime, encore moins loin de la Loire-Atlantique. Cette année, au mois de mars, c’était dans la Vienne, au sud de Poitiers, qu’un loup a été repéré. Puis, depuis 2019, des loups solitaires ont été repérés en Charente, en Charente-Maritime et dans l’Indre, par exemple.

Mais on n’a toujours pas vu de meutes à proprement parler, comme il en existe dans le Massif central, dans l’Est ou dans les Alpes, dans ces régions à l’ouest de la France ?

Non. Pour le moment, on n’est pas dans des meutes constituées. On n’en a pas la preuve. Il est vrai que quand on a des meutes qui sont constituées en général, on peut avoir peur des indices comme des animaux sauvages qui sont retrouvés complètement mangés. Et puis, éventuellement, quelques témoignages de suivi. Mais il faut bien voir que dans ces territoires là, il n’y a pas assez de pression d’observation. C’est-à-dire que contrairement aux Alpes ou dans le Massif central ou dans l’Est, ou même dans les Pyrénées, où on a l’Office français de la diversité, des naturalistes qui ont l’habitude de suivre le loup et qui ont des éléments, là, on n’a pas d’éléments. Il n’y a pas d’observation, sauf comme c’est le cas fortuitement, quand il y a un loup qui a observé ou quand un loup est retrouvé mort.

Mais donc, est-ce qu’on est sûr du nombre de loups qu’il y a en France aujourd’hui ? On parle de 400 à 800 individus.

Alors ce sont des fourchettes, ce sont des estimations qui sont faites par l’Office français de la biodiversité. Bien sûr, c’est de la modélisation. Pour les meutes constituées, les effectifs sont plutôt bien évalués. Là où il y a une marge d’erreur, c’est pour justement ces individus dispersés. Mais je pense que la fourchette que vous donnez est assez large, me semble être une fourchette relativement fiable. Et je n’irais pas du tout dans le sens du ministre de l’Agriculture, qui semble donner crédit à certains propos de syndicats agricoles qui semblent dire qu’il y aurait 1 000, voire 6 000 loups. Il n’y a aucun élément scientifique qui semble aller dans ce sens-là, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas des loups qui rôdent dans certains secteurs.

Question un peu naïve peut-être, est-ce qu’il faut avoir peur ?

Non, non, non. Je ne pense pas qu’il faut avoir peur puisque le loup n’est pas un animal dangereux pour les êtres humains. En revanche, il peut l’être pour les animaux sauvages et aussi pour les animaux domestiques. D’où l’intérêt, et c’est ce sur quoi je travaille, d’un travail d’anticipation. Et là, les pouvoirs publics font preuve d’une relative faiblesse puisqu’ils gèrent au coup par coup, plutôt en ayant tendance à écouter les voix les plus radicales et les voix les plus hostiles, au lieu de plutôt écouter les voix les plus constructives qui préparent l’anticipation.

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