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VIDEO. Les primes à la vache en Corse, un scandale selon de nombreux élus

Sur les routes de Corse, il est fréquent de croiser des bovins en liberté. Et même en ville. Une divagation interdite, par la loi. Marylin Taddei a vu sa vie basculer il y un an, à Bastia, en face de chez elle, un troupeau l’a attaquée : « le taureau m’a percutée, j’ai les genoux brisés, je ne peux plus marcher, je ne peux plus conduire, c’est une vie atroce ».

Après de nombreuses opérations, l’émotion est encore vive : « Ma vie a basculé, c’est dur, confie, émue, Marylin Taddei. Elle a créé une association pour venir en aide aux victimes. En un an, elle en a compté une dizaine. Il y a même eu plusieurs décès dans des accidents de la route, ces dernières années à cause des animaux qui divaguent.

En Corse, il y a plus de 30 000 vaches officiellement déclarées. Les deux tiers d’entre elles sont errantes selon les autorités. Des vaches laissées volontairement en errance par leurs propriétaires. En cas d’accident, la responsabilité des maires peut être engagée. Celui de Pietrosella connaît bien le problème, pour lui les éleveurs cherchent avant tout à faire des économies.  « Quand vous ne faites pas un investissement pour les clôtures, pour la partie aliments, ou sur l’irrigation, ca veut dire que le coût de production est moindre par rapport à un éleveur à côté qui fait tout dans les normes. L’éleveur gagne plus d’argent avec ce type d’exploitation », regrette Jean-Baptiste Luccioni, le maire de Pietrosella. 

Des vaches livrées à elles-mêmes, mais qui rapportent tout de même de l’argent à leur propriétaire et notamment les aides européennes de la PAC. C’est ce qu’on appelle la prime à la vache allaitante. Jusqu’à 161 euros par bovin. Le problème c’est qu’elles ne produisent rien ou presque selon le préfet de Corse. 80% d’entre elles, ne vont jamais à l’abattoir.

« Il y a beaucoup d’animaux qui sont élevés et qui ne partent pas à la consommation. C’est incroyable. Car la prime va au veau, pas à la vache, normalement quand on fait un élevage, c’est pour que ça aille à la consommation. ll y a quelque chose qui ne tourne pas rond », regrette Pascal Lelarge, préfet de Corse. 

Les élus qui osent dénoncer cette situation font parfois l’objet d’intimidations par certains éleveurs. C’est le cas du maire de Frédéric Mariani, maire d’Olmi Capella, menacé en juillet dernier, et soutenu ce jour-là par une centaine d’habitants. Quelques semaines plus tôt, il avait pris l’initiative d’enfermer les vaches errantes dans un enclos. « On se sent soutenu, et souvent on se sent seul pour affronter des problèmes comme ça qui durent depuis des décennies », témoignait le maire le 24 juillet dernier. 

Ce maire ne souhaite plus s’exprimer aujourd’hui, comme beaucoup d’autres qui craignent des représailles. « Ca paraît dingue, que l’on n’en parle que maintenant. C’est un scandale. Elles ne servent à rien les primes, certains éleveurs investissent leurs aides de la PAC sur le littoral, pas dans l’agriculture », regrette un élu anonyme.

Nous avons rencontré des éleveurs qui laissent divaguer leurs vaches : « On en a en un paquet de vaches. C’est dur en montagne, on est sur une île, on ne peut pas être comme sur le continent, et les clôtures, ça coûte cher », nous avouent-ils. L’aide aux vaches allaitantes représentent 4 millions d’euros par an en Corse. Mais les contrôles sont difficiles selon la préfecture de Corse, car les vaches sont souvent introuvables et les déclarations des éleveurs invérifiables. 

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