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Décès de l’architecte espagnol Ricardo Bofill

“L’architecture est la victoire de l’homme sur l’irrationnel” : pour l’architecte espagnol Ricardo Bofill, l’architecture doit être envisagée tel un langage universel et c’est ainsi qu’il l’a exercée jusqu’à aujourd’hui, alors que sa famille a annoncé son décès de complications liées au Covid-19 à l’AFP, ce vendredi 14 janvier, à l’âge de 82 ans.

 

Né en 1939 à Barcelone, Ricardo Bofill a été marqué par les constructions d’après-guerre et l’oppression vécue sous Franco : tandis que les premières lui ont donné son aversion pour le fonctionnalisme, la deuxième, à la suite de son expulsion de l’université de Barcelone, l’a mené à poursuivre ses études à l’École des Beaux-Arts de Genève en Suisse, mais surtout aux voyages et à la découverte de différents styles architecturaux qui le nourriront toute sa vie. Ce “nomade” comme il a toujours aimé le rappeler, n’envisageait en effet l’architecture que comme partant de l’expérience humaine et des diversités culturelles qui la composent : “en formulant notre propre vocabulaire adapté à un monde en mutation, nous plaçons l’expérience humaine au cœur de ses aspirations, de ses formes, de ses fonctions”, est-il ainsi rappelé sur le site de son atelier, la Ricardo Bofill Taller de Arquitectura (RBTA).

 

“Un nomade, et je suis toujours un nomade”, écrit Bofill en 1989. Un voyage, en effet, est l’image la mieux adaptée pour dépeindre ses recherches de toute une vie sur la façon dont l’humanité a organisé l’espace. (Site de la RTBA)

 

Sa force ? La pluridisciplinarité. Dès 1963, Ricardo Bofill crée la RBTA sur les fondements de l’atelier de son père, Emili Bofill, lui-même constructeur et promoteur immobilier. Il s’entoure d’architectes, d’ingénieurs, de sociologues ou encore de philosophes. On y retrouve ainsi, est-il raconté, le critique littéraire Salvador Clotas, le poète José Agustin Goytisolo, l’économiste Julia Romea et les architectes Anna Bofill et Peter Hodgkinson : “Les projets ont été abordés à la lumière des utopies sociales de l’époque, développant une architecture sans façade qui protégerait la vie privée, tout en favorisant la construction communautaire. La Muralla Roja, le château de Kafka et le quartier de Gaudi figurent parmi les exemples les plus remarquables de cette approche.” Il fait partie notamment de la “Gauche divine”, mouvement d’intellectuels et d’artistes espagnols des années 60.

 

Dans les années 1970, c’est notamment son travail en France qui lui apportera la renommée internationale. Avec l’architecte Jean Pierre Carniaux, il est ainsi chargé avec le RTBA, du développement des zones résidentielles tels les espaces d’Abraxas, à Noisy-le-Grand, en banlieue parisienne, dont les façades d’inspiration Renaissance marquent la discipline.

 

Son approche pluridisciplinaire, sa volonté de croiser l’histoire, les aspirations et les espaces, il l’a fera ensuite perdurer depuis la Fabrica, située au cœur de Barcelone, une ancienne cimenterie qu’il réhabilite à son image, devenu le poumon de la Ricardo Bofill Taller de Arquitectura. Et elle rayonne aujourd’hui encore à travers le monde, avec des bureaux dans plusieurs capitales. Ricardo Bofill aura ainsi construit plus de cinq cents projets dans une cinquantaine de pays différents.

 

Hommages à Montpellier

Quartier Antigone à Montpellier, de nuit © PurpleImages – Istock

En France, c’est à lui que l’on doit aussi le fameux quartier Antigone de Montpellier. Le maire de la ville, Michaël Delafosse a tenu à lui rendre hommage dès l’annonce de son décès, en exprimant sa stupeur et sa profonde tristesse d’apprendre la disparition de l’architecte, dans un communiqué : “Il est pour tous les Montpelliérains, tous les amoureux de Montpellier, une figure familière. Avec Georges Frêche, ils ont porté le projet novateur d’Antigone, développant la ville vers la mer. Au moment où les voitures étaient omniprésentes dans nos villes, il réalise une artère piétonne d’1,5 kilomètre. Quand les maires plaçaient le logement social en périphérie des villes, Ricardo Bofill défendait la réalisation du logement social dans la ville, en posant une esthétique architecturale méditerranéenne.” Rappelant que Ricardo Bofill son nom, sa personnalité, “font indéfectiblement partie de la grande histoire de Montpellier”, le maire rappelle ainsi avoir invité l’architecte et sa famille au mois de juillet dernier, pour évoquer ensemble l’avenir du quartier. “Le désir commun qui était le nôtre était de continuer le travail d’Antigone, avec la percée vers le centre historique, mais aussi de questionner son œuvre, de s’interroger pour enrichir le quartier.” Annonçant se rendre à ses obsèques, Michaël Delafosse annonce également la tenue de plusieurs hommages dont “une exposition rétrospective à la Médiathèque Emile Zola, la dénomination d’un lieu en coeur de ville, un portrait sur la façade et un registre de condoléances à disposition du public à l’Hôtel de Métropole.”

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