jeudi, juin 30, 2022
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« Le remboursement des PGE risque d’aggraver » la trésorerie des entreprises du BTP

Les entreprises de la construction ont su résister aux turbulences du Covid : voilà peu ou prou le message principal de l’étude annuelle de BTP Banque portant sur l’exercice 2020. Dans la mesure où cette édition a été réalisée pour la première fois en association avec Keris, un cabinet spécialisé dans les services d’analyse financière aux entreprises, cela a permis à l’institution d’élargir son champ d’étude habituel au-delà de sa propre base de clients, et de travailler ainsi sur un échantillon beaucoup plus large montant jusqu’à 20.000 sociétés ayant réalisé un chiffre d’affaires minimal de 500.000 € et ayant publié leur bilan comptable. Pour l’heure, l’étude porte sur 9.000 entreprises du bâtiment et des travaux publics, mais sa version intégrale – c’est-à-dire celle qui aura collecté la totalité des bilans et sera donc publiée dans environ trois mois – analysera pas moins de 20.000 sociétés.

 

Quelles sont donc les principaux enseignements de cette version provisoire ? D’abord sa grille de lecture : « Notre étude était jusqu’alors nationale, mais nous voulions avoir des tendances et des chiffres dans les territoires. Mais avec seulement un focus par département, l’échantillon devenait trop petit. Grâce à ce travail novateur, l’étude est produite par département mais aussi par région, par tranche de chiffre d’affaires, par code NAF… Bref, un scope d’analyse sans commune mesure avec ce qu’on produisait les années précédentes, et avec en plus une diffusion à l’échelle régionale », explique la présidente du directoire de BTP Banque, Sylvie Loire-Fabre, à Batiactu. Le fait que les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse les 150 millions d’euros soient également inclus dans le champ de l’étude constitue l’autre nouveauté.

 

Des réactions rapides et adaptées

 

Sur la situation financière des entreprises à proprement parler, les premiers bilans « laissent paraître que le secteur a bien encaissé les chocs », ce qui n’a toutefois pas empêché le chiffre d’affaires et la productivité de baisser par rapport à leurs niveaux de 2019. « Les entreprises ont adapté leur niveau d’achat ou le recours à la sous-traitance lors d’une baisse de chiffre d’affaires. Elles ont vite réagi », détaille Sylvie Loire-Fabre. Afin de conserver un outil de production efficace, elles ont pu recourir au chômage partiel après un temps d’attentisme. Une fois le choc du premier confinement sanitaire passé, « les chantiers ont redémarré tant bien que mal, les gros lentement, les petits plus rapidement mais pas toujours avec le même niveau de productivité », notamment à cause de la présence des clients au sein de leurs logements du fait du télétravail plus ou moins obligatoire.

 

« Il y a eu une bonne résistance de la rentabilité, dont la baisse est logique mais qui montre aussi que les entreprises ont pris des décisions rapides et ont limité l’impact sur leur activité », poursuit la présidente du directoire de la banque. Les professionnels de la construction ont visiblement mis à profit le temps qu’ils avaient pour revoir et améliorer leur organisation de travail et l’efficacité de leurs chantiers. Niveau finances, « la trésorerie s’est nécessairement améliorée car 70% des PGE (Prêts garantis par l’État) ont été octroyés entre mai et juillet 2020 », même si ce dispositif représente un « soutien artificiel », une « mise sous perfusion » des comptes de l’entreprise. La responsable constate d’ailleurs qu’une « majorité » de PGE n’avaient toujours pas été consommés à la fin de l’année dernière. Environ 80% des clients de BTP Banque ont en outre choisi de reporter d’un an le début du remboursement tandis que 10% d’entre eux ont d’ores-et-déjà remboursé partiellement ou totalement leur prêt.

 

2021, année « historique » en termes de financements d’investissements

 

« Mais des problèmes risquent de se poser à un moment ou à un autre », prévient Sylvie Loire-Fabre. « Nous avons des inquiétudes sur la capacité de certaines entreprises à rembourser leur PGE en 4 ans. Certes, nous avons été prudents sur l’octroi des prêts en menant des études approfondies, mais le remboursement risquerait quand même, dans certains cas, d’aggraver la situation. » La solution pour éviter cela serait alors de continuer à bénéficier de la reprise économique en ayant une activité soutenue. Ce qui semble être le cas à l’heure actuelle, puisque les carnets de commandes du secteur sont remplis jusqu’à la fin 2022. Sauf que les difficultés d’approvisionnement en matériaux et équipements viennent se mêler à tout cela, tout comme les hausses de prix qu’elles engendrent : « Les entreprises sont très inquiètes sur leurs marges et leurs carnets de commandes à partir de 2023 », note la responsable. Une inquiétude cependant plus prononcée dans le neuf que dans la rénovation, dont l’activité se porte particulièrement bien.

 

Et si la filière semble malgré tout garder confiance en l’avenir – l’étude parle d’une année 2021 « historique » en termes de financements d’investissements, de transmissions ou encore de crédits -, il ne faudrait pas mettre la charrue avant les boeufs : « Je reste très attentiste sur le niveau des marges à cause de la hausse des matériaux et des besoins en main-d’œuvre. Comment le secteur va pouvoir faire face aux problèmes de recrutement alors même que ces métiers ne sont malheureusement pas encore assez attractifs ? », s’interroge Sylvie Loire-Fabre. Des questions qui se doublent d’une prudence au vu de la « montée » des dossiers en conciliations et autres procédures amiables. « Les dossiers dits sensibles ont doublé en trois ans », souligne-t-elle. Si ce type de requêtes est en pleine recrudescence, le nombre de dossiers contentieux, lui, a fortement baissé dans le même temps : -30% en 2021 par rapport à 2020, où la chute avait déjà été de -40% en comparaison à 2019. Les importants efforts de communication déployés depuis quelques années pour mieux mettre en avant l’intérêt des procédures à l’amiable, auxquelles les professionnels avaient peu recours auparavant, expliqueraient notamment ce phénomène.

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