mercredi, juillet 6, 2022
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Les trésoreries des TPE se portent bien, mais les interrogations sur les PGE persistent

« La vague de défaillances d’entreprises n’a pas eu lieu. » Les propos de Gilbert Cette, adjoint au directeur général des statistiques, des études et des relations internationales de la Banque de France, lors d’une conférence de presse tenue le 18 novembre à Paris, ne font que confirmer une tendance que de nombreux spécialistes observent depuis déjà plusieurs mois : alors qu’une montagne de procédures judiciaires, voire de faillites avait été annoncée durant les premiers temps de la crise du Covid, il n’en est toujours rien un an et demi après le déclenchement de la pandémie. Si leurs demandes de nouveaux crédits de trésorerie se réduisent et atteignent des niveaux inférieurs à ceux d’avant le Covid, les très petites entreprises maintiennent malgré tout leurs demandes de crédits d’investissement. Dans leur enquête consacrée à l’accès au crédit des TPE, PME (petites et moyennes entreprises) et ETI (entreprises de taille intermédiaire) au 3e trimestre 2021, la Banque de France et la Fédération des centres de gestion agréés (FCGA) note même que les taux d’obtention de ces crédits demeurent élevés, tant pour la trésorerie que pour l’investissement.

 

Alors que les demandes de crédit de trésorerie avaient atteint un pic sur la période avril-juin 2020, c’est effectivement un tassement qui s’est à l’inverse observé entre juillet et septembre 2021 : 4% des TPE, 5% des PME et 6% des ETI tous secteurs confondus ont déposé une demande au cours des trois derniers mois, pour un taux d’obtention de 76% chez les TPE – « très au-dessus des niveaux d’avant-crise » d’après la Banque de France – et de 86% chez les PME. S’agissant des crédits d’investissement, 7% des TPE, 17% des PME et 23% des ETI ont en fait une demande au 3e trimestre de cette année – des chiffres « en-deçà de leurs niveaux d’avant-crise » -, pour un taux d’obtention de 88% pour les TPE et 96% pour les PME.

 

Embouteillage de remboursements

 

« Contrairement à ce que l’on pensait, les trésoreries des TPE étaient déjà bonnes avant le Covid. On partait donc sur des bases saines », a commenté en détail Yves Marmont, le président de la FCGA. « Nous nous attendions à un tsunami mais cela n’a pas été le cas grâce aux aides gouvernementales – chômage partiel, PGE… Ce dernier ayant été prorogé, il y a donc eu un décalage du début de remboursement. Mais on a par conséquent aujourd’hui un risque sous-jacent en termes de trésorerie, à cause d’un autre décalage qui commence à être mis en œuvre sur les reports de cotisations par l’Urssaf (Unions de recouvrement des cotisations de Sécurité sociale). Idem pour les cotisations d’indépendants. Autrement dit, beaucoup d’artisans qui n’ont pas été prélevés de ce qu’ils auraient dû en 2020 et une partie de 2021 vont l’être maintenant. » Un effet « kisscool » qui pourrait bien causer des dégâts en 2022 et encore au-delà, l’Urssaf ayant décidé d’étaler les paiements jusqu’au début de l’année 2023.

 

Pour l’heure, la situation financière des TPE en tant que telle est mitigée : si leur chiffre d’affaires s’est replié de 3,9% en 2020 (après +1,8% en 2019), leur résultat courant net moyen (obtenu après le versement des cotisations sociales, autrement dit leur rentabilité) a augmenté de 3,5% (après +2,2% en 2019), du fait des aides du Gouvernement et des collectivités, principalement le Fonds de solidarité. « La TPE a comme avantage de pouvoir s’adapter rapidement du fait de sa structure légère », indique le responsable. Ce même résultat courant aurait dégringolé de 8% sans les mesures de soutien, selon la FCGA. Cette situation entraîne de fait une progression de 5,5% des prélèvements des chefs d’entreprises. Plus inquiétant, « l’augmentation spectaculaire du taux d’endettement : +22,4%, une conséquence prévisible du PGE », souligne la fédération.

 

« Les investissements sont en berne et les taux d’endettement se sont envolés à cause du PGE. Il y a deux catégories d’entreprises dans ce domaine : celles qui avaient vraiment besoin du PGE au printemps – ce qui n’était pas le cas de la majorité des TPE – et celles qui l’ont pris par précaution, par mesure de sécurité. Ce qui fait que certaines entreprises en ont souscrit mais ne s’en sont pas servis, du moins pas encore. On risque en revanche d’avoir quelques surprises au printemps 2022. Ce n’est pas pour rien que le Gouvernement a décalé d’un an la fin du dispositif. »
– Yves Marmont

 

Les agences immobilières parmi les 10 professions ayant gagné le plus en 2020

 

Dans une étude spécifique portant sur les exercices clos en 2020 de 131.500 petites entreprises, notamment dans l’artisanat du bâtiment, cette dernière constate que seul le commerce de détail alimentaire a enregistré une hausse de son chiffre d’affaires l’année dernière (+4,1%). Les professionnels de la construction, eux, ont vu leurs ventes reculer de 4,2% (contre +2,1% en 2019), pour un résultat courant en retrait de 1,9% (+1,5% en 2019). Dans son dernier baromètre daté d’octobre, l’Observatoire de la petite entreprise, auquel participe la FCGA mais aussi la Direction générale des entreprises de Bercy, indique pour sa part que le bâtiment a vu son activité bondir de 29,5% entre le 2e trimestre 2020 et le 2e trimestre 2021, après avoir progressé de 6,2% sur les 12 derniers mois. On notera également le bon niveau de revenus nets réalisé par les agences immobilières, de l’ordre de 49.629 € en moyenne, les plaçant ainsi dans le top 10 des professions ayant engrangé les rémunérations les plus importantes.

 

 

Les tendances qui se dessinent au 3e trimestre 2021 laissent présager d’une baisse de 1,8% du chiffre d’affaires des artisans du bâtiment, contre +7% enregistrés sur les 12 derniers mois. « L’interrogation pour fin 2021/début 2022, c’est : comment rembourse-t-on ? », s’interroge Yves Marmont. « Pour l’instant il y a de la trésorerie, mais il ne faut pas que l’activité se tasse. Elle doit continuer à évoluer positivement pour anticiper les remboursements qui vont arriver. » Et de mettre en garde sur le rôle du PGE, qui certes « redonne un souffle » mais n’empêchera pas les entreprises déjà en difficulté de se retrouver un jour en redressement ou en liquidation judiciaire.

 

« Inquiétude légitime » sur les matériaux et les prix

 

D’autant que la situation actuelle de difficultés d’approvisionnement en matériaux, et donc de hausses de prix, risque de ne rien arranger : « Les secteurs et entreprises n’ayant pas encore modifié leurs prix à cause des pénuries et de l’inflation, notamment par rapport à l’énergie, ne pourront pas continuer à le faire longtemps », prévient le président de la FCGA. Ce qui se passe du côté des matières premières et des problèmes de main-d’oeuvre provoque donc une « inquiétude légitime » à ses yeux, qui doit être autant surveillée que le remboursement des PGE.

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