mardi, juillet 5, 2022
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« Transition écologique rimera avec emploi dans le BTP », Yannick Jadot

En vue de l’élection présidentielle de 2022, la rédaction de Batiactu a sollicité l’ensemble des candidats pour connaître leurs propositions à destination des secteurs de la construction, du cadre de vie et de l’énergie. Yannick Jadot, représentant du parti Europe Écologie – Les Verts (EELV) dans la course à la magistrature suprême, a accepté de donner une interview à notre média. Il y détaille les mesures de son programme en faveur des entreprises ainsi que ses ambitions en matière de logement et d’artificialisation des sols. Il livre également sa vision de la cohésion des territoires, notamment des grands projets comme le Lyon-Turin, ainsi que ses préférences pour le bouquet énergétique de la France. Entretien avec Yannick Jadot.

 

 

 

Batiactu : Quelles sont vos propositions envers les grandes entreprises (impôts de production…) et envers les plus petites (statut et protection sociale des indépendants, simplification administrative…) ?

 

Yannick Jadot : La transition écologique se fera avec l’ensemble des acteurs économiques, de toutes tailles et de tous statuts, dans tous les secteurs et dans toutes les régions. Anticipée, maîtrisée, accompagnée, elle est une formidable opportunité d’innovation, de développement, de création d’emplois et de conception de nouveaux modèles économiques compatibles avec l’urgence écologique. Nous souhaitons une relance industrielle verte qui soit compatible avec une trajectoire de baisse des émissions de gaz à effet de serre domestiques et importées. La relocalisation et le développement de certains secteurs industriels stratégiques nous permettront à la fois de réduire notre empreinte carbone, mais aussi de créer de l’emploi de qualité sur tout le territoire national, et d’être pleinement souverains sur nos choix en France et en Europe.

 

La transition écologique sera structurée autour de trois enjeux majeurs : d’abord, construire une politique industrielle européenne, afin de nous affirmer comme puissance souveraine, leader mondial de l’économie verte : cela suppose de renégocier les accords commerciaux et d’investissement, d’investir dans les infrastructures de la transition, de travailler à la convergence européenne des règles sociales, fiscales et environnementales, de généraliser une politique d’achat responsable, etc.

 

Ensuite, soutenir l’innovation dans les filières d’avenir : par le soutien à la décarbonation de l’économie et plus particulièrement de l’industrie, par une politique ambitieuse de recherche et d’innovation publiques, le renforcement de la formation initiale des jeunes au sein de l’enseignement supérieur, par une généralisation de la conditionnalité des aides et l’introduction de bonus-malus climatiques dans la fiscalité des entreprises. Enfin, sécuriser la transition des entreprises, des salariés et des territoires dans les bassins d’emploi et de vie qui seront touchés par les mutations écologiques, économiques et industrielles.

 

« Il y aura des marchés à saisir pour toutes les entreprises. »

 

Notre politique de soutien à l’investissement et au pouvoir d’achat constituera un véritable ‘choc de demande’ avec le relèvement des bas salaires, la mise en place d’un revenu citoyen de 918 euros pour les plus modestes et un plan d’investissement public de 25 milliards d’euros par an. Il y aura des marchés à saisir pour toutes les entreprises ! Par ailleurs, nous portons l’idée d’une réforme fiscale juste : plus progressive, elle permettra de financer le soutien aux services publics et servira la justice sociale ; plus écologique, elle récompensera les comportements vertueux, et sanctionnera les actions néfastes pour le climat.

 

Nous ferons en sorte de réorienter l’épargne des Françaises et des Français vers l’économie verte en élargissant les labels existants, et en créant une véritable taxonomie ‘brune’. Ce faisant, nous permettrons aux acteurs économiques concrètement engagés dans la transition de bénéficier d’un accès facilité aux financements. Enfin, nous rétablirons les impôts de production à leur niveau d’avant 2020. Cette mesure viendra financer un fonds de soutien à la décarbonation et la relocalisation industrielle.

 

Comment relancer la production de logement, notamment social ? Et comment inciter les maires à se joindre à l’effort, après la suppression de la taxe d’habitation ?

 

Yannick Jadot : Nous voyons les effets du ‘choc d’offre’ promis par Emmanuel Macron : la construction s’est effondrée et c’est encore pire sur le logement social, avec -40% depuis 2016 ! Les conséquences sociales sont extrêmement graves. 4 millions de personnes sont mal logées. Je souhaite réparer les conséquences de ce quinquennat gâché pour le logement. Nous construirons 700.000 logements sociaux sur le quinquennat, dont la moitié très sociaux. Pour cela, nous doublerons les aides à la pierre aux bailleurs sociaux et nous relèverons à 30% la part de logements sociaux dans les villes où la demande de tels logements ne trouve pas d’offre suffisante. Les communes déficitaires seront systématiquement pénalisées.

 

 

« Il faut questionner le modèle péri-urbain à l’origine du mouvement des Gilets jaunes. »

 

Souhaitez-vous aller plus loin, plus vite sur le zéro artificialisation nette (Zan) ? Si oui, quels leviers comptez-vous actionner ?

 

Yannick Jadot : Nous instaurerons la règle de ‘zéro artificialisation nette’ qui sera déployée dans tous les documents d’urbanisme dès 2025 pour protéger la biodiversité et les terres agricoles. Nous déploierons des corridors écologiques, accélérerons la reconversion des friches industrielles et la renaturation et instaurerons un moratoire sur l’implantation de nouveaux entrepôts logistiques destinés au commerce en ligne. Nous lutterons contre la spéculation foncière et améliorerons la gouvernance démocratique des sols à travers une grande loi foncière que je ferai voter dans les 100 premiers jours de mon quinquennat.

 

Il faut questionner le modèle péri-urbain à l’origine du mouvement des Gilets jaunes. Coûteux écologiquement et socialement, son extension illimitée doit être stoppée et notre politique d’accès au logement totalement repensée. Il ne s’agit pas de s’opposer au péri-urbain mais de s’attaquer aux causes profondes, à commencer par ré-enchanter la ville dense, la rendre plus agréable, plus accueillante. Priorité doit d’abord être donnée à la réfection de patrimoines anciens ou la transformation d’immobilier de bureaux en habitation. Cela peut permettre d’accroître considérablement l’offre de logements abordables et c’est pourquoi nous inscrirons, pour la première fois, des objectifs de rénovation dans la loi.

 

Voulez-vous favoriser les matériaux biosourcés dans la construction, en mettant par exemple en place des quotas ?

Il vous reste 69% à découvrir.

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