Quand vous retirez un billet au distributeur, quand votre salaire arrive sur votre compte courant ou quand vous laissez dormir de l’argent sur un livret, vous manipulez trois formes distinctes de monnaie. Ces trois formes correspondent aux composants de la masse monétaire en circulation : la monnaie fiduciaire, la monnaie scripturale et les quasi-monnaies. Leur rôle dans l’économie diffère selon leur degré de liquidité, c’est-à-dire la facilité avec laquelle on peut les utiliser pour payer.
Monnaie fiduciaire : billets et pièces en circulation
La monnaie fiduciaire désigne les billets de banque et les pièces métalliques que vous pouvez tenir dans la main. Le mot « fiduciaire » vient du latin fiducia, la confiance. Un billet n’a de valeur que parce que tout le monde accepte de lui en accorder une.
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Dans la zone euro, c’est la Banque centrale européenne qui décide de l’émission des billets. Les pièces, elles, sont frappées par les États membres. La monnaie fiduciaire est la forme la plus liquide qui existe : elle permet un paiement immédiat, sans intermédiaire, sans réseau.
Billets et pièces ne perdent pas nécessairement du terrain face aux paiements numériques. Au Maroc, le ministère des Finances a relevé une hausse très dynamique de la circulation fiduciaire ces dernières années, avec une progression annuelle nettement plus rapide que celle des autres composantes de la masse monétaire.
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En Tunisie, la valeur totale des billets et pièces en circulation a atteint à la fin du premier semestre 2026 un niveau jamais enregistré, en hausse de plus de 22 % sur douze mois selon La Presse de Tunisie. La monnaie fiduciaire reste donc un pilier structurant, y compris dans des économies en voie de digitalisation.

Monnaie scripturale et dépôts à vue : le poids des écritures bancaires
Avez-vous déjà regardé la répartition de votre argent ? La plus grande partie ne se trouve probablement pas dans votre portefeuille, mais sur votre compte courant. C’est la monnaie scripturale.
Concrètement, la monnaie scripturale correspond aux soldes créditeurs des comptes à vue détenus dans les banques commerciales. Elle n’existe que sous forme d’écritures comptables. Un virement, un paiement par carte bancaire ou un prélèvement automatique : tous ces mouvements circulent sans qu’aucun billet ne change de main.
Pourquoi la monnaie scripturale domine la masse monétaire
Dans les économies développées, la monnaie scripturale représente la part la plus large de l’agrégat M1 (l’indicateur qui regroupe la monnaie fiduciaire et les dépôts à vue). Quand une banque commerciale accorde un crédit, elle ne puise pas dans un stock de billets. Elle inscrit un montant au crédit du compte de l’emprunteur. Ce mécanisme, appelé création monétaire par le crédit, explique pourquoi les crédits bancaires alimentent directement la croissance de la masse monétaire.
Chaque crédit accordé génère un dépôt. Chaque dépôt peut servir de base à un nouveau crédit. Ce cycle place les banques commerciales au centre de la politique monétaire, sous la supervision de la banque centrale qui fixe les taux directeurs et les réserves obligatoires.
Dépôts à vue et moyens de paiement
Les dépôts à vue sont mobilisables à tout moment, sans délai ni pénalité. C’est ce qui les distingue des autres formes de dépôts. Pour l’agrégat M1, on additionne :
- Les billets et pièces en circulation (monnaie fiduciaire)
- Les soldes des comptes courants et comptes de dépôt à vue dans les banques
- Les dépôts à vue auprès du Trésor public et de certains organismes
Tout ce qui figure dans M1 peut être utilisé immédiatement pour régler un achat ou une dette.
Quasi-monnaies et agrégats M2-M3 : l’épargne proche de la liquidité
Au-delà de M1, il existe des formes de monnaie qui ne servent pas directement à payer, mais qui peuvent être converties en moyens de paiement dans un délai court. On les appelle quasi-monnaies.
Les quasi-monnaies regroupent les dépôts à terme, les livrets d’épargne et certains titres de créance négociables. Elles forment la différence entre l’agrégat M1 et les agrégats M2 puis M3.
Ce que contiennent M2 et M3
L’agrégat M2 englobe M1 plus les dépôts à terme d’une durée inférieure ou égale à deux ans et les dépôts remboursables avec un préavis inférieur ou égal à trois mois. Votre Livret A, par exemple, entre dans cette catégorie.
L’argent n’est pas directement utilisable pour payer un commerçant, mais un simple virement vers votre compte courant suffit à rendre la somme disponible.
L’agrégat M3 ajoute à M2 des instruments financiers moins liquides :
- Les parts de fonds monétaires (OPCVM monétaires)
- Les titres de créances négociables d’une durée inférieure ou égale à deux ans émis par les banques
- Les pensions (opérations de mise en pension de titres)
Plus on s’éloigne de M1, plus la liquidité diminue. Un titre de créance négociable peut nécessiter une vente sur un marché avant d’être transformé en euros disponibles sur un compte courant.

Évolution de la masse monétaire en zone euro : ce que surveillent les banques centrales
La BCE publie chaque mois les données relatives aux agrégats monétaires de la zone euro. L’évolution de M3 sert d’indicateur clé pour anticiper les tensions inflationnistes. Si la masse monétaire croît beaucoup plus vite que la production réelle de biens et services, les prix ont tendance à monter.
Les taux directeurs influencent directement le volume de crédits accordés par les banques, donc le rythme de création de monnaie scripturale, et par ricochet la taille de M1, M2 et M3.
La gestion de la masse monétaire n’est pas un exercice abstrait. Trop de monnaie en circulation alimente l’inflation. Pas assez freine l’économie et l’accès au crédit. L’équilibre entre ces trois composants détermine la stabilité des prix au quotidien.
Retenir la distinction entre monnaie fiduciaire, monnaie scripturale et quasi-monnaies permet de comprendre pourquoi votre Livret A ne fonctionne pas comme votre carte bancaire, et pourquoi la BCE surveille M3 plutôt que le nombre de billets imprimés. Chaque composant remplit un rôle précis dans le circuit économique, du paiement immédiat à la réserve de valeur mobilisable sous conditions.

