Définition du spectre de l’asexualité, de l’asexuel au demisexuel

L’asexualité est une orientation sexuelle caractérisée par une attirance sexuelle absente ou faible envers les autres. On parle de spectre asexuel parce que cette attirance varie, de l’absence complète à une attirance rare ou qui n’apparaît qu’au sein d’un lien affectif fort. Les personnes concernées se disent souvent « ace », abréviation du mot anglais asexual, et se reconnaissent dans plusieurs identités : asexuel, grisexuel, demisexuel.

Asexualité : une orientation définie par l’attirance, pas par la pratique

La définition porte sur ce que l’on ressent, pas sur ce que l’on fait. L’attirance sexuelle, c’est l’envie de relations sexuelles avec une personne précise. La libido, elle, est une pulsion physique qui peut exister sans attirance pour quelqu’un.

Une personne asexuelle peut donc avoir une libido, se masturber, vivre en couple et avoir des rapports. L’asexualité est une question d’attirance, et la pratique ne la tranche pas. Une personne peut ainsi avoir des rapports par choix, par affection pour son partenaire ou par curiosité, sans éprouver d’attirance sexuelle pour lui.

Pourquoi parle-t-on d’un spectre asexuel ?

Les expériences de l’attirance forment un continuum. À une extrémité, l’asexualité, avec peu ou pas d’attirance sexuelle. À l’autre, l’allosexualité, c’est-à-dire l’attirance sexuelle habituelle, que la majorité des gens ressentent. Entre les deux, beaucoup de situations intermédiaires.

Le vocabulaire est né dans les communautés en ligne. Le réseau AVEN (Asexual Visibility and Education Network), fondé en 2001 par David Jay, en a été le point de départ. Pour ne pas confondre ce spectre avec l’orientation spectrasexuelle, retenez que le premier concerne l’intensité de l’attirance sexuelle, alors que la seconde est une attirance pour des personnes de genres variés.

Asexuel, grisexuel, demisexuel : les identités du spectre

Chaque terme décrit une façon différente de vivre l’attirance. Les définitions suivantes sont celles employées par les communautés ace :

  • Asexuel : la personne ressent peu ou pas d’attirance sexuelle pour d’autres personnes.
  • Grisexuel (ou gray-ace) : l’attirance sexuelle est rare, faible ou incertaine, entre l’asexualité et l’allosexualité.
  • Demisexuel : l’attirance sexuelle n’apparaît qu’en présence d’un lien émotionnel fort. Le terme est apparu en février 2006 sur le forum d’AVEN.

Ces catégories ne sont pas des cases fermées. Beaucoup de personnes mettent du temps à se reconnaître dans l’un de ces mots, et le cheminement d’une prise de conscience peut s’étaler sur des années. Certaines changent de terme en cours de route, sans que leur identité en soit invalidée.

Dégradé abstrait de noir, gris, blanc et violet

Attirance romantique et aromantisme : une seconde échelle

L’attirance sexuelle et l’attirance romantique sont deux axes distincts. Une personne asexuelle peut être hétéroromantique, homoromantique, biromantique ou aromantique, c’est-à-dire sans attirance romantique.

Le spectre aromantique fonctionne de la même manière que le spectre asexuel. Une personne demiromantique, par exemple, ne ressent d’attirance romantique qu’après un lien affectif fort. Beaucoup de personnes ace associent ainsi une identité sexuelle et une identité romantique, ce qui explique la diversité des vécus. Un couple formé d’une personne asexuelle et d’une personne allosexuelle existe aussi, et il repose alors sur un dialogue franc sur les attentes de chacun.

Ce que l’asexualité n’est pas : abstinence, célibat ou baisse de libido

L’asexualité est une orientation. L’abstinence et le célibat sont des choix, souvent liés à des convictions ou à des circonstances de vie. Une personne abstinente ressent de l’attirance et décide de ne pas y donner suite, alors qu’une personne asexuelle n’en ressent pas ou peu.

Elle se distingue aussi d’un trouble. Une baisse de libido peut venir du stress, d’un traitement ou de l’âge, et elle se vit souvent comme un manque. Depuis 2013, l’association américaine de psychiatrie ne classe plus l’asexualité parmi les troubles. Pour la fréquence des rapports sexuels, rappelons qu’elle ne définit pas l’orientation de quelqu’un.

Couple assis côte à côte sur un banc dans un parc

Combien de personnes sont asexuelles et quelles idées reçues persistent

Une étude d’Anthony Bogaert, publiée en 2004, estimait qu’environ 1 % de la population britannique était asexuelle. Le chercheur jugeait ce chiffre probablement sous-estimé, car beaucoup de personnes ne connaissent pas le terme.

Trois idées reçues reviennent souvent. L’asexualité ne serait qu’une phase : or elle peut durer toute la vie. Elle viendrait d’un traumatisme : rien ne permet de le dire en général. On n’aurait pas encore rencontré la bonne personne : cette remarque ignore que l’attirance n’est pas une question de rencontre.

L’invisibilité de ces identités entretient l’acéphobie, une hostilité ou une incompréhension envers les personnes asexuelles. Les mécanismes de discrimination sociale jouent ici comme ailleurs, par le silence plus que par la violence. Depuis 2010, un drapeau choisi par vote, avec ses bandes noire, grise, blanche et violette, sert de symbole, et la journée internationale de l’asexualité tombe le 6 avril.

Connaître ces termes aide à nommer son vécu ou à comprendre celui d’un proche. Chaque identité du spectre, de l’asexuel au demisexuel, décrit une place différente sur le continuum de l’attirance.

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